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Chine : la ballade de Mulan

Loïc Jacob, éditeur évoque pour nous la création de l’album « La ballade de Mulan » qui a reçu l’un des 5 Chen Bochui, prix international remis en ouverture de la Foire du livre de jeunesse de Shanghaï.

La ballade de Mulan - HongFei CulturesLa Ballade de Mulan que vous avez publiée en septembre est une traduction d’une histoire chinoise. Qu’est-ce qui vous a donné envie de proposer cette histoire aux enfants français ?
La Ballade de Mulan est l’un des textes chinois les plus illustres : il apparaît dans tous les recueils de poésies chinoises. Nous le connaissions bien et avions depuis longtemps l’idée et l’envie de le porter vers la jeunesse. Notre souhait était d’autant plus fort que, si diverses versions existaient déjà (notamment un célèbre dessin animé), le texte originel (vieux d’environ 17 siècles), n’avait jamais été publié en France pour les enfants. En réalité, on lui préfère toujours des adaptations faisant la part belle à l’aventure et aux romances consensuelles qui font perdre de vue l’essentiel du propos.

Pour notre part, nous avons vu là une chance pour notre projet : ce texte racontait l’histoire d’une héroïne devenue familière aux enfants. À nous alors, de proposer à ceux-ci une lecture qui ne renoncerait en rien à la belle qualité littéraire du texte. Nous pensions pouvoir d’autant mieux en révéler le caractère incroyablement moderne et universel.

De quoi parle cette ballade ?
Ce texte rapporte l’histoire d’une jeune femme, Mulan, qui décide de partir à la guerre à la place de son père trop âgé. Revêtue d’habits militaires, elle combat vaillamment pendant douze ans. À la fin du conflit, alors que l’empereur récompense ses plus valeureux soldats parmi lesquels elle compte, Mulan demande simplement un cheval pour la ramener dans son pays natal, auprès des siens. De retour, elle revêt ses atours d’antan révélant ainsi à ses compagnons d’armes qu’elle est femme, ce qu’ils avaient ignoré tout au long de leur périple commun.

On fait parfois de Mulan une Jeanne d’Arc chinoise ; d’autres fois, on la voit comme une jeune femme qui s’oblige au regard d’une piété filiale qui s’impose à elle… En réalité, à lire le texte, on découvre que rien ne contraint Mulan à partir, sinon sa seule volonté de femme libre. On comprend aussi qu’elle n’est pas un être élu et distingué des autres : les siens ne cessent de penser à elle, et elle ne cesse de penser aux siens. Elle est bien un être de chair et de sang, de sentiments et de raison. Incontestablement, on a là une grande figure de femme libre. Qui plus est, elle interroge notre manière de – mal – penser l’identité et le genre en ce moment.

Le texte, servi ici par la très belle traduction de Chun-Liang Yeh, est d’une superbe fluidité. Concis, il laisse une grande latitude d’imagination au lecteur, à commencer par l’illustratrice.

L’album vient de remporter l’un des 5 Chen Bochui (prix international décerné depuis 26 ans et, depuis 3 ans, en ouverture de la Foire du livre de jeunesse de Shanghaï). Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de ce Prix ?
Nous avons ressenti beaucoup de bonheur évidemment. D’autant que Chun-Liang Yeh (co-créateur des éditions HongFei et, en l’occurrence traducteur de cette version de La Ballade de Mulan) était en Chine à ce moment-là et a donc pu recevoir le prix.

Du bonheur pour Clémence Pollet d’abord, dont la qualité de l’illustration a été particulièrement appréciée et valorisée par le jury du prix. L’album doit son caractère à son talent.

Du bonheur aussi pour notre maison d’édition et sa proposition éditoriale singulière, toute portée sur le beau thème de l’altérité. La Ballade de Mulan n’a pas été récompensé comme un livre chinois. Le Jury, composé de membres de diverses nationalités (chinoise, taïwanaise mais aussi espagnole, française ou encore sud-africaine) l’a regardé pour ses qualités propres. Qu’il n’est pas hésité à primer un texte classique chinois illustré par une artiste française dont l’image, par sa forme, son trait, ses couleurs, s’ancre dans la contemporanéité, est un signe très encourageant qui nous conforte dans nos choix et nos intentions d’éditeur.

Et puis, ce prix international est arrivé quasiment un an jour pour jour après la pépite du documentaire distinguant le livre de Nicolas Jolivot, Chine. Scènes de la vie quotidienne. C’était une belle façon de nous souvenir de cette précédente grande émotion.

Est-ce un levier pour une diffusion plus large de vos albums ?
Il est trop tôt pour répondre de façon définitive. Mais incontestablement c’est un point positif aussi bien en France (même si le prix y est peu connu) qu’à l’international. C’est une belle carte de visite pour le livre.

Propos recueillis par Sandrine Damie

Présentation vidéo de la Ballade de Mulan :

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Sandrine

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Glisser un livre dans ma valise, c’est avoir toujours un compagnon de route pour me guider, me distraire, m’informer, satisfaire ma curiosité… De cette envie d’avoir des guides de voyage et des romans liés à mes destinations de vacances/de voyages/de courtes escapades, en découle l’idée de partager avec mes enfants, cette découverte des Autres : autres paysages, autres cultures, autres modes de vie, autres climats, autres animaux, etc.
J’espère que mes chroniques vous donneront quelques envies de lectures pour vos enfants… et susciteront des échanges entre nous, pour discuter, commenter et ouvrir nos horizons de lecture. Et pour découvrir mes voyages, c'est sur mon 2e blog One Two Trips