Un livre dans ma valise Europe Suède : « Aednan », de Linnea Axelsson

Suède : « Aednan », de Linnea Axelsson


Aednan de Linnea Axelsson, roman sur le peuple Sami en Suède

« Aednan« , de Linnea Axelsson est un roman en vers libres, à la fois poétique et déroutant. Il donne la parole à différents membres d’une famille sur plusieurs générations mettant en lumière la perte d’identité avec l’arrivée des colons en Suède.

Issue du peuple autochtone sami, Linnea Axelsson explore dans son œuvre les thèmes de l’identité culturelle et de la mémoire collective. Le titre Aednan signifie « la terre », « le sol » ou « la mère » en sami du Nord, évoquant à la fois l’attachement à la nature et les racines familiales.

Les politiques suédoises du 20e siècle ont dépossédé les Sami de leurs terres, de leurs langues et de leurs traditions, transformant les nomades en « autres » sur leur propre sol. À travers ce roman en vers libres, l’autrice met en lumière le traumatisme du deuil, de l’exil culturel et de la fracture familiale. C’est aussi une ode à la résilience à travers la mémoire.

Mon avis de lectrice sur Aednan

En me plongeant dans ce récit de mémoire, j’ai aimé la toundra arctique, avec ses hivers interminables et son immensité. Elle renferme le silence d’un peuple et parle des absents.

L’autrice nous raconte ici les destins entrelacés de deux familles sami, éleveurs de rennes nomades dans le Grand Nord suédois. L’histoire débute en 1913 avec Ber-Joná, un père sami qui perd tragiquement son jeune fils Aslat, tombé d’une falaise lors d’une transhumance forcée, les routes traditionnelles des troupeaux étant modifiées par les autorités suédoises pour industrialiser leurs territoires. Ce drame marque le début d’une saga polyphonique, où les voix des personnages se suivent et s’entremêlent dans un style poétique épuré. Au fil des générations, le récit décrit le déracinement progressif et le placement en institution pour « suédifier » les enfants sami, perdant leur langue et leur culture.

Le roman révèle toute sa puissance avec Sandra, petite-fille de cette lignée, qui devient un symbole de la résistance autochtone contemporaine. À travers ces vies brisées et recomposées, Linnea Axelsson tisse une fresque sur la résistance d’un peuple face à l’effacement.

Comment guérir d’un passé colonial quand l’effacement est si présent ? La voix de l’autrice est une première étape vers la reconnaissance de l’oppression des peuples autochtones et la reconnaissance de leur place dans l’histoire du pays.

Et si on écoutait l’histoire des Sami avant qu’elle ne tombe dans l’oubli ?
Sandrine Damie

Aednan
De Linnea Axelsson
Editions Paulsen
23 euros

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