Dans « La pâtisserie des souvenirs », Lee Onhwa explore les émotions et la question de la réincarnation, dans le cadre feutré d’une pâtisserie bien particulière.
De quoi parle « La pâtisserie des souvenirs » ?
L’intrigue se noue autour de Yeonhwa, une jeune femme orpheline qui hérite de la pâtisserie traditionnelle de sa grand-mère. Bien qu’elle n’ait jamais appris l’art de la pâtisserie, elle décide de respecter les dernières volontés de son aïeule en ouvrant l’établissement pour un ultime mois.
C’est alors qu’elle découvre la particularité de ce lieu avec un drôle de chat et un chaman en guise de guides.
Mon avis de lectrice sur ce roman coréen
Encore une fois, me voilà embarquée dans une lecture mélancolique, autour de la question de la mort. Que reste-t-il de nous une fois mort ? Que faire de nos regrets ou de nos non-dits ? Avec délicatesse, l’autrice décline les réponses à travers des portraits touchants et une approche fantastique. Car, dans la pâtisserie de Yeonhwa, les clients sont atypiques : ce sont des morts dont l’âme n’a pas encore quitté le monde des vivants. Chacun va venir pour acheter une gourmandise, à remettre à un être cher… avant de rejoindre définitivement le monde des morts.
C’est un conte moderne sur la transmission, où l’on apprend que si la vie s’arrête, les liens tissés avec les autres perdurent. C’est une lecture à la fois onirique et gourmande, idéale pour ceux et celles qui aiment les histoires qui réchauffent le cœur tout en faisant réfléchir à l’essentiel dans notre vie.
Ce roman s’enracine dans une perception du monde où la frontière entre l’existence terrestre et l’au-delà est particulièrement poreuse. Au cœur de ce récit, la pâtisserie Hwawoldang fait office de sanctuaire de transition, un espace sacré qui permet d’apaiser le Han, ce sentiment de regret profond ou de douleur étouffée qui enchaîne les âmes au monde des vivants.
Ainsi, le récit réinterprète de manière contemporaine les rites ancestraux du chamanisme et les cycles bouddhistes, où la nourriture n’est plus une simple subsistance mais un vecteur de mémoire et de guérison. En héritant de la boutique de sa grand-mère, l’héroïne devient une médiatrice spirituelle malgré elle, utilisant la confection artisanale de douceurs traditionnelles comme un remède. Chaque saveur, chaque texture de gâteau de riz ou de gelée de haricots rouges agit comme une clé sensorielle capable de déverrouiller des souvenirs enfouis ou de clore des histoires inachevées.
L’acte de cuisiner est vécu ici comme un geste de compassion ultime destiné à offrir la paix, tant à ceux qui partent qu’à ceux qui restent. C’est une vision douce et apaisée de la mort. Comment ne pas avoir envie d’y croire un peu ?
Une lecture savoureuse et apaisante.
Sandrine Damie
La pâtisserie des souvenirs
De Lee Onhwa
traduit par Marion Gilbert
Éditions Nami
20 € – e-book : 12,99 €




