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Suède : « Straff », le destin brisé des enfants du peuple Sami


Roman suédois : "Straff" d'Ann Helèn Laestadius

Le roman « Straff » d’Ann-Helén Laestadius relate l’histoire des enfants du peuple Sami contraints d’aller à « l’école des nomades » pour leur apprendre à être de « bons Suédois dans les années 1950… et à oublier leur culture, coûte que coûte. Trente ans après, que sont-ils devenus ?

Dans les années 1950, l’État suédois applique une doctrine paradoxale. Sous prétexte de « protéger » les éleveurs de rennes tout en les intégrant à la modernité, il met en place les écoles pour nomades (nomadskolor). Le principe était aussi simple que cruel : pour « civiliser » ces enfants, on les arrachait à leurs familles, on leur interdisait l’usage de leur langue maternelle et on les enfermait dans des internats où la discipline confinait à la torture psychologique.

C’est dans ce contexte historique glaçant que s’ouvre le roman « Straff« . Le titre (« punition » / « châtiment » en suédois) donne le ton : ce roman n’est pas seulement le récit d’une enfance volée ; c’est la mise en lumière d’un châtiment collectif infligé à un peuple dont le seul crime était sa différence.

De quoi parle le roman « Straff » ?

Voici la présentation des éditions : « Un roman basé sur des faits réels qui lève le voile sur l`histoire et le sort réservé au peuple sami.1950, Suède. Elsa-Maj n`a que sept ans lorsqu`elle est retirée à sa famille, forcée de quitter son village sami au nord du pays, et envoyée dans une école pour nomades. Elle y rencontre Jon-Ante, Marge, Ann-Risten, Nilsa et d`autres enfants d`éleveurs de rennes contraints, comme elle, de renier leurs origines et leurs traditions. Contraints de ne plus parler leur langue et de se plier au bon vouloir de la directrice, sous peine de recevoir les pires châtiments. Car, dans cet internat, c`est la  » sorcière  » qui règne et impose ses lois.
Des années plus tard, chacun a tracé son chemin et construit sa vie à sa façon. Mais peut-on vraiment laisser derrière soi les blessures du passé et de l`enfance ?
« 

Bon à savoir : Ann-Helén Laestadius explique dans cette vidéo que le livre est basé sur des témoignages réels et qu’elle l’a écrit pour briser la culture du silence :

Mon avis de lectrice sur ce roman suédois

Quelle émouvante galerie de portraits ! On suit une poignée d’enfants d’origine Sami qui sont contraints d’aller à l’école des nomades, établissement spécialement pensé pour eux afin qu’ils deviennent de « bons Suédois ». Comprenez : afin qu’ils abandonnent leur identité Sami. Et comme au Canada, aux États-Unis ou en Australie, qui ont aussi eu cette volonté d’assimiler les peuples autochtones dès le plus jeune âge, les enfants vont être victimes de brimades, de maltraitances physiques et psychologiques.
Le quotidien de ces enfants (placés en internat et ne rentrant chez eux qu’à de rares occasions) est froid, inhumain, sans altérité de la part notamment de la directrice qui fait régner la terreur entre les murs de l’école. Tout le monde le sait, tout le monde se tait.

Ce qui est particulièrement intéressant dans le roman est que les chapitres alternent les vies de chaque enfant en 1954… puis des chapitres où ils sont devenus adultes, en 1985. Les non-dits, les cicatrices, les parcours de chacun sont autant de témoignages et de déclinaisons des traces indélébiles laissées par l’école des nomades.

Ainsi, le titre « Straff » ne désigne pas seulement les coups reçus à l’école, mais aussi le sentiment de culpabilité et de châtiment qui poursuit les personnages toute leur vie, simplement parce qu’ils sont du peuple Sami.

Comment ne pas être touchée et révoltée par le traitement qu’on a infligé à ces enfants ?

Comment ne pas être émue par les efforts que chacun a dû déployer, à sa façon, pour devenir adulte ?

Comment ne pas penser à ceux qui sont morts, par le simple fait d’être nés Sami ?

Chaque roman qui parle de ces internats et du sort réservé aux peuples autochtones me déchire le cœur. Et pas besoin d’aller très loin pour avoir d’autres récits d’invisibilisation d’une partie de la population d’un pays. En France, les Corses ou les Bretons ont également été interdits de parler leurs langues à l’école. C’est d’ailleurs les lois de Jules Ferry (1890) qui imposent la langue française comme exclusive à l’école, sanctionnant ainsi l’usage des langues régionales par les enfants.

Grâce à ce roman, j’ai eu envie de chercher des documentaires sur le peuple Sami. C’est une goutte d’eau dans ce vaste monde pour entendre leur voix, mais elle me semble vitale.
Je vous recommande cette lecture !
Sandrine Damie

Straff
D’Ann-Helén Laestadiu, traduit par Anna Postel
Éditions 10/18 (poche) : 10,40 €
Éditions Robert Laffont (broché) 22,90 €

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