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Les Etats-Unis au temps de la ségrégation raciale

Direction les Etats-Unis avec Alice Brière-Haquet ! A l’occasion de la sortie de son nouvel album jeunesse « Nina », j’ai eu envie qu’Alice Brière-Haquet évoque son parcours et la création de ce bel album en noir et blanc, réalisé avec Bruno Liance…

Alice Brière-Haquet Depuis combien de temps êtes-vous auteure ?
Mon premier livre, L’épouvantail avec Lydie Sabourin aux éditions Point de suspension, est sorti en juin 2009. J’imagine que c’est lui qui m’a « faite auteure » comme mon premier enfant m’a faite maman. Mais après il s’agit d’un processus lent pour intégrer vraiment le statut : première rencontre avec le public, premier contrat négocié, première commande, etc. sont autant d’étapes qui nous font entrer dans le métier d’auteur.

Quel a été le déclic pour vous lancer ?
Mon aîné, alors âgé de 6 ans, a eu une ostéochondrite primitive de la hanche qui l’a obligé à rester alité pendant un an. Je me suis arrêtée de travailler pour rester auprès de lui, mais j’avais aussi besoin d’une fenêtre sur le monde. Cette fenêtre a été internet, et comme j’adore l’art, j’allais traîner sur des blogs d’illustrateurs. C’est ainsi que j’ai vu qu’ils cherchaient des textes. Je leur en ai proposés, on a monté des dossiers, et les éditeurs ont suivi.

Qu’aimez-vous dans ce métier ?
Les gens. Mes collègues d’une part, qui sont de véritables artistes et de chouettes humains, mais aussi tous les gens autour, tous ceux qu’on appelle les médiateurs, et qui se situent entre nos livres et les enfants : bibliothécaires, enseignants, parents, et blogueurs bien sûr ! Quelqu’un qui s’intéresse au livre pour enfants ne peut pas être fondamentalement méchant. C’est un milieu assez privilégié pour cela. Même s’il faut en contrepartie lutter sans arrêt contre l’étiquette de Bisounours ! Je crois qu’on est tous conscients que l’on fait quelque chose d’important, que l’on s’adresse d’une manière privilégiée à un public privilégié. Pas question d’être niais, ou « au rabais ».

Nina de Alice Brière-Haquet et Bruno LianceVous venez de publier l’album « Nina » (Hors série Giboulées, Giboulées). Pouvez-vous nous présenter son histoire ?
L’histoire vient de l’Histoire, celle avec sa grande hache comme disait Perec, celle de la ségrégation américaine et d’une petite fille noire qui rêvait de devenir une pianiste classique. Finalement elle est devenue Nina Simone, et peut-être que c’est une bonne chose pour nous, mais j’avais envie d’évoquer son combat. Je me base sur une scène qui, je crois, parlera à tout le monde :  lorsque pour son premier concert, on demande à sa mère de céder sa place au premier rang à des blancs et que l’enfant refuse de jouer. Pas besoin de connaître toute la discographie de Nina Simone ou le combat de Martin Luther King pour saisir l’injustice criante de ce moment. C’était cela qui m’intéressait : partir d’un ressenti très intérieur, instinctif, ombilical presque, pour ouvrir sur l’Histoire, mais l’Histoire avec grand Art, cette fois : le monde de Nina Simone et ce qu’il a changé du nôtre.

Comment est née cette collaboration avec la maison d’édition ?
La responsabilité et le mérite en reviennent à Bruno Liance qui a, avec toute l’équipe de Gallimard, bichonné ce projet : choix du noir et blanc, puis du papier, essais pour la couverture, playlist. Bruno est un grand perfectionniste. Il me demandait souvent mon avis mais j’avoue que je me sentais complètement dépassée par ses compétences ! Bravo à l’équipe Gallimard qui a su le suivre dans toutes ses envies. Bruno a trouvé des éditeurs à sa hauteur, c’est une sacrée chance pour notre Nina.

L’album est illustré par Bruno Liance. Pouvez-vous nous parler de vos échanges autour de la création de ce livre ?
Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire quelque chose sur Nina Simone sans vraiment me mettre au travail, je pensais d’ailleurs plutôt à une BD. Un jour j’ai rencontré Bruno par l’intermédiaire d’un ami commun, et j’ai flashé sur ses croquis représentant une chanteuse noire. J’ai écrit l’histoire de Nina dans la nuit et je lui ai envoyée au matin. Il a tout de suite dit oui. Il s’agissait dans ma tête d’un premier jet, j’avais encore le vague projet d’en faire une BD, et le texte était un peu étrange, avec des espèces de refrains, et différents moments qui se télescopaient. C’était bien moins carré que ce je faisais d’habitude ! Mais Bruno a tenu à le laisser comme cela et il a eu raison. Cette histoire, finalement, c’est une chanson de jazz.

Que ressentez-vous quand vous recevez votre 1er exemplaire de chacun de vos livres ? Est-ce toujours la même émotion ou cela dépend du chemin parcouru pour voir le livre prendre vie / de la thématique traitée ?
Cela dépend vraiment du livre qui arrive… De son histoire, de la façon dont s’est déroulée la collaboration, de l’enjeu du sujet aussi bien entendu. Je n’ai jamais été déçue par un livre, mais il y en a qui font battre mon coeur plus fort, et Nina est de ceux-là. D’ailleurs, il boucle quelque chose. J’avais dédié mon premier livre L’Épouvantail en 2009 à mon fils aîné, puis Paul, sorti en 2012 chez Frimousse, à ma grande, et aujourd’hui Nina est dédiée à ma dernière. Je ne veux pas hiérarchiser mes livres, il y en a d’autres que j’aime tout autant, mais ces trois-là me sont les plus intimes, les plus proches de ma faille intérieure.

« Nina » est nominée aux Prix Landerneau Jeunesse 2015. En quoi une nomination ou un Prix peut être un élément motivant / rassurant dans votre travail de création ?
Cela fait plaisir, bien entendu ! Et c’est une belle visibilité qui est offerte à notre Nina. C’est un peu le jeu de coudes sur les étales des libraires ; un livre a besoin d’être remarqué pour partir dans sa vie de livre. En cela, le maillage des médiateurs est particulièrement précieux. Je rentre de cinq ans d’expatriation, et je mesure à quel point on a de la chance en France d’avoir tous ces prix, salons, rencontres… Cela permet de sortir le livre d’une logique purement commerciale ou éducative pour interroger, le temps d’un prix, son ambition artistique.

Propos recueillis par Sandrine Damie

Bon à savoir : mardi 20 octobre 2015, de 19 h à 21 h, rendez-vous chez le disquaire-galerie « Balades Sonores » au 1 avenue Trudaine ( Paris 9e) pour le lancement de l’album avec Bruno Liance, Alice Brière-Haquet et l’équipe Gallimard !

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1 Commentaire

  1. […] une interview d’Alice Brière-Haquet sur le blog « Un livre dans ma valise » tenu par Sandrine. […]

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Sandrine

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Glisser un livre dans ma valise, c’est avoir toujours un compagnon de route pour me guider, me distraire, m’informer, satisfaire ma curiosité… De cette envie d’avoir des guides de voyage et des romans liés à mes destinations de vacances/de voyages/de courtes escapades, en découle l’idée de partager avec mes enfants, cette découverte des Autres : autres paysages, autres cultures, autres modes de vie, autres climats, autres animaux, etc.
J’espère que mes chroniques vous donneront quelques envies de lectures pour vos enfants… et susciteront des échanges entre nous, pour discuter, commenter et ouvrir nos horizons de lecture.